Les aventures de monsieur O.
Tout ceci s’est passé un jour d’automne lorsque des grands messieurs aux cols serrés se sont empressés de dire bonjour au nouveau Président de la République fraîchement élu, pour lui dire que la population d’en bas, les plus pauvres, arrivaient à ralentir la cadence des salaires de ces grands messieurs. Dégoûté par cette image, le Président s’est empressé de désigner l’un d’eux pour lui dire d’aller mener une enquête et de voir comment on pourrait arrêter cette population d’en bas à faire ce massacre financier. Et afin que cette affaire ne soit pas dérangée par des militants, il dit à une de ses collègues, ministre de la Culture, d’officialiser la chose. Ce monsieur désigné, nous l’appellerons monsieur O. afin de ne pas entraver sa vie privée. Monsieur O., qui jusque là s’ennuyait fermement dans son grand bureau, se sentit soudain très content d’avoir une mission à mener, de rencontrer des personnes comme lui et de leur demander tout plein de choses sur la population d’en bas qu’il ne connaissait que de nom et les rares fois où il en croisé dans la rue, cette même population qui paye la connexion Internet pour pouvoir nuire à son usine avec ses artistes illettrés (que nous appellerons sobrement AI).
Monsieur O. réfléchit. Il sait qu’un français sur deux possède une connexion haut débit. Il établit alors un calcul bizarre dans sa tête et la conclusion est tout à coup frappante. « 50% des gens, se dit-il, sont à même de télécharger gratuitement ce que moi je me tue à vendre à un prix modique… » Oui car pour monsieur O., un CD de musique à 17 euros ne représente rien dans le budget des pauvres. « C’est scandaleux ! », s’écrie monsieur O., réveillant ainsi la secrétaire assoupie dans le bureau à côté. Monsieur O. sort alors une de ces expressions qu’il aime tant, l’ayant vu dans un journal sportif un dimanche matin : « Il faut stopper cette hémorragie ! » Tout excité par le ton de sa voix, monsieur O s’empresse de prendre son oreillette Bluetooth qu’il s’est offerte dans son propre magasin, un soir de pluie alors que le magasin était fermé, et s’empressa de tapoter dans son clavier de téléphone à la recherche d’un numéro. Il appelait ces gens qu’il connait bien, ayant déjà pris le déjeuner ensemble pour décider des prix les plus hauts possibles sans que cela choque au public, ces différents directeurs de grandes maisons qui recueillaient les fameux AI, pour leur raconter la terrible nouvelle. Et comme monsieur O. aime rendre les histoires plus jolies, il se dit que cette terrible menace qui se tenait droit comme un I et qui ne cessait de grandir, ne permettrait bientôt plus de déjeuner ensemble dans leurs restaurant préféré, faute d’argent. Avec un discours aussi convaincant, monsieur O. leur donna rendez-vous dans son bureau le lendemain matin.



